Elle a
pris le train de 10h26.
Il
faisait froid sur le quai, et l'attente était longue.
Quand
le train est arrivé, elle est montée dedans, sans un regard ni un adieu.
Les
paysages défilaient, comme un vieux film.
C'était
son dernier train. Pas d'aller-retour cette fois. Juste le dernier.
Elle
n'était pas triste, contrairement à ce qu'elle aurait pu croire.
Elle se
sentait libre et comme en fuite.
Mais
surtout libre d'aller nulle part.
Elle se
souvient qu'à la première gare elle s'est dit "je peux descendre ici, si
je veux",
"Je
peux m'arrêter où je veux…"
Il
était sûr qu'elle ne reviendrait pas, et tout à coup la vie s'est offerte
devant elle, pleine de toutes ses possibilités.
Elle
s'est sentie bouleversée : c'était trop d'un coup.
"Je
pars, c'est mon dernier train. Je n'aurais plus à faire cela, jamais. Pour tous
ces gens, c'est seulement un train. Pour moi, c'est toute une aventure."
Et le
paysage qui défilait ne la rendait plus si triste, mais au contraire gourmande
: à quoi ressemblerait le prochain quai, décidera-t-elle de descendre ?
Elle
savait aussi que, pour s'éloigner vraiment, il fallait attendre. Rester dans le
wagon, au chaud, le plus longtemps possible.
Ou
peut-être, descendre et choisir ensuite un autre train. Qui sait ?
Pour la
première fois, c'était à elle seule de décider, et le frisson était énorme.
"J'arriverai
dans un endroit que j'aurais choisi, et je pourrai y faire d'autres choix. Et
puis tout ce que je veux ensuite !".
Le
train roulait et sa liberté s'agrandissait à mesure qu'elle s'éloignait.
Il y
avait la liberté, énergie nouvelle, mais aussi l'apaisement.
Le
train de 10h26, ce dernier train dont elle se souviendrait toute sa vie, et qui
a marqué le début d’une grande aventure…
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